La pluie cesse. Pendant ce temps viennent s´installer à côté de nous, deux touristes suisse-allemands, et pas très loin une autre allemande d´origine espagnole. Nous sommes plus de 160 sur la lancha et une poignée de touristes, sans doute le résultat des phéromones, tout corps se ressemblant s´attire et s´agglutine naturellement pour le meilleur et pour le pire. Avec à peine une heure de retard le bateau se détache de la berge et rapidement nous sommes au milieu de l´Amazone. Deux heures plus tard nous accostons dans le port de Benjamin Constant, une pause de deux heures qui nous laisse le temps de faire quelques courses au marché et dans les échoppes avoisinantes qui s´agglutinent autour du mercado. Pendan
t ce temps sur le bateau les vendeurs profitent de l´escale pour faire quelques profits en vendant fruits, biscuits, glaces, couvertures, hamacs et autres bricoles toujours utiles pendant ce genre de traversée. A nouveau le bateau manœuvre pour se décrocher du quai flottant. Rapidement la nuit tombe et nous montons sur le pont supérieur pour écouter un groupe de musique : musique pourrie, bière immonde au triste goût de métal contrairement à la musique, et nous mangeons avec nos petites cuillères la bouffe achetée sur le port, servie dans des sacs en plastique : la croisière s´amuse comme elle peut !!! Il y en a pour 5 jours et 4 nuits.
Direction les hamacs, histoire de passer une nuit de sommeil bercée par le roulis du bateau, parfait jusqu´à deux heures du mat. Toutes les lumières s´allument, contrôle de police, 15 policiers remontent le long des hamacs. Vérifications des papiers et des sacs. Arrive notre tour, nous donnons nos passeports puis ils commencent à fouiller le haut de mon sac, deux trois trucs tombent par terre, ils les laissent tels quels. J´essaye de leur faire comprendre que j´aimerai fermer le haut du sac voire qu´ils les remettent là où ils étaient avant qu´ils ne fouillent le reste, on peut rêver. Trois essais infructueux, je commence à gueuler, résultat, fouille complète des deux sacs, toutes nos affaires sont balancées à même le sol et ils s´en vont continuer leur fouille. Pour les policiers le résultat sera bon, un kilo de cocaïne saisi dans les machineries.
Le reste de la croisière sera plus agréable, la journée à bouquiner, regarder le fleuve se dérouler, nous dégourdir les jambes lors de courts arrêts dans les petits villages qui jalonnent la rive, tout cela rythmé par les repas et la cloche qui les annonce : 6 heures du mat, petit dej : café sucré d´office -alors p
as de café pour Laetitia- et un pain ramollo ; 11 heures déjeuner, en moins d´un quart d´heure dans une petite cantine de 15 places pour ceux qui n´ont pas leurs gamelles comme nous et au menu viande accompagnée invariablement de haricots, riz, spaghettis et manioc ; et rebelote à 17 heures 30 pour le dîner -oui, pour le dîner c´est tôt ! Le soir point de lecture, direction le pont supérieur pour se rafraîchir le gosier en buvant de la bière, en fumant des clopes, en racontant des conneries sur fond de musique d´ambiance. La croisière se détend. Nous rencontrons un vieux pépé qui a vécu en France il y a une vingtaine d´année dans le bordelais, il a perdu son français, mais en gardé l´esprit de la bouteille, dès midi il attaque à la bière pour finir à la clôture du bar vers minuit. Pour les autres personnages notables, une vieille folle qui fume clope sur clope en dansant frénétiquement au son des reprises que les jeunes musiciens exécutent en boucle du midi au soir.
Le dernier soir arrive avec les lumières de Manaus qui scintillent sur la berge, nous quittons l´Amazone pour rejoindre le Rio Negro et accoster dans la plus grande ville d´Amazonie. A Cusco nous étions sur l´un de ses affluants, nous suivons donc le fleuve depuis plus de 2500 kilomètres. Enfin nous sommes à Manaus, une des destinations qui a fait travailler notre imagination, comme Moka, Addis-Ababa, Zanzibar, Rio de Janeiro… les prochaines villes, Bogota, Mexico, Vegas, pour moi et pour Laetitia San-Francisco. Il est onze heures du soir et nous n´avons pas envie de plonger dans la ville avec nos gros sacs tout de suite et de galèrer pour trouver un hôtel à cette heure tardive. Alors, puisqu´on nous y autorise, nous finissons la nuit dans nos hamacs et nous décidons de débarquer, avec nos trois compagnons de voyage Patricia, Reto et Julia seulement le lendemain. Nous ne sommes pas les seuls, il reste encore une bonne vingtaine de personnes à bord et le membres d´équipage qui vont veiller sur nous.
Après trois jours de lancha, bateau rappelant ceux du Mississippi, les roues à aubes en moins, nous débarquons à la triple frontière - Pérou, Colombie, Brésil - sur la rive péruvienne, petit village sans électricité. Formalités douanières accomplies, nous nous laissons entraîner par un rabatteur et quelques minutes plus tard nous sommes sur une barque pour passer du côté colombien de l´Amazonie : Leticia. Elle est plus grande que le trou paumé du Pérou, en dehors du nom, elle n´est ni excitante, ni jolie ; la ville pas ma chérie !!! Notre rabatteur nous emmène jusqu´à un petit hôtel sympathique, Gustavo, le propriétaire nous laissera sa chambre, la seule avec un lit deux places, attenante au jardin, murs de bois et toit de palme. Pendant deux jours nous voyons comment organiser une randonnée dans la jungle, Gustavo nous trouve un guide et nous organise une randonnée de 5 jours pour pas cher, parfait pour nous. En plus il nous fourni les hamacs (équipés de moustiquaires) et des bottes à nos tailles. Nous occupons ces deux jours à nous balader en ville et dans les environs et enfin arrive le jour tant attendu. Gustavo part faire les courses –la nourriture dont nous aurons besoin pendant ces 5 jours-, pendant ce temps nous finissons nos sacs et à 10 heures le taxi arrive pour nous emmener jusqu´au port ; de là nous prenons un bateau « Rapido » pour Puerta Libertad, 50 kilomètres en amont. Dans le village, Gustavo, le guide (et oui, le proprio de l´hôtel et le guide ont le même prénom) nous attend avec le sourire. Nous nous rendons chez lui, il sépare les courses en deux sacs, un pour lui et l´autre Amador, le chasseur qui va nous accompagner. Pour nous, les bonbonnes d´eau et nos petits sacs à dos. Il est midi, il fait chaud, nous sommes plus près que jamais de la jungle. Gustavo donne le signal, c´est l´heure d´enfiler les bottes et de quitter tout repère urbain. Le chasseur en tête, sac sur le dos san
glé par le front, Gustavo derrière et nous au milieu. Cet ordre de marche sera respecté pendant cinq jours. Dix minutes pour sortir du village, nous passons par une plantation de manioc, puis une bananeraie, enfin la forêt. Un sentier étroit, souvent encombré d´arbres morts dans un état de pourrissement parfois avancé. Les arbres qui ne sont pas au sol, s´élancent vers la canopée qui nous couvre de son ombre de dentelle ensoleillée du haut de ses 40 mètres. Heureux nous marchons vers notre campement, annoncé à trois heures d´ici. La marche en elle-même n´est pas difficile mais on doit être attentif aux branches, aux troncs, aux flaques de boues et autres obstacles. Il nous faudra plus de 4 heures de marche et de moiteur pour arriver au campement dominant une petite rivière pourvue d´une cascade d´eau claire. Les guides installent les hamacs sous la cabane, Gustavo s´occupe du feu qu´il démarre avec une boule de résine récupérée sur un arbre connu par lui pour sa sève qui brûle longtemps. Le temps de faire un café et une pluie torrentielle vient troubler la partie ; nous nous rabattons en catastrophe sous la cabane dont le toit de palme ne tarde pas à montrer ses faiblesses. Les hamacs sont trempés. Nous buvons notre café entre les filets d´eau qui s´écoulent au dessus de nos têtes et le feu meurt noyé sous la pluie, Bien fatigués nous allons nous coucher après avoir bâché nos moustiquaires et sans possibilité de manger ce soir.L´aube se lève, la forêt s´éveille doucement et nous avec. Il est 6 heures, la pluie a cessé. Un bon café, une toilette ; nous sommes prêt pour notre première journée dans la jungle. Le chasseur retourne au village pour chercher une bâche afin de rendre le toit de notre cabane parfaitement étanche et son fusil. Pendant ce temps nous partons avec Gustavo dans les alentours, il nous montre différent arbres, notamment celui dont se servent les indiens pour allumer les feux. Pour nous montrer d´où vient la résine, il abat
l´ar
bre à coup de machette, simple et efficace !!! Un arbre de trente mètres qui s´écroule c´est impressionnant, une chute au ralentit et en puissance. Sur le retour il nous montre quelques plantes et nous fait gouter des fruits. En attendant le retour du chasseur nous mangeons un bout et Gustavo nous parle un peu de lui et nous apprend qu´il est l´un des trois chamans de son village, un pouvoir qu´il a hérité de son grand-père. Au cours de la discussion il nous indique près du camp un arbre-esprit qui veille sur nous, nous voilà rassurés. Malheureusement il n´a aucun remède contre les moustiques. Nous profitons de cette protection spirituelle pour nous plonger dans nos hamacs. Avant la tombée de la nuit nous dînons, et attendons encore une heure que la nuit soit bien dense, enfilons nos bottes et partons à la lumière de nos lampes-torches. Ce soir nous allons chasser le caïman. Après une heure de marche nous commençons à longer un cours d´eau, régulièrement notre chasseur plonger le faisceau de sa lampe dans le lit de la rivière et après un quart d´heure de traque il débusque l´objet de sa convoitise. Mais le caïman reste invisible à nos yeux de citadins, il faudra que nous descendions dans l´eau et qu´Amador lui mette la lampe presque de
ssus pour que nous le voyions enfin. Ce pauvre caïman aveuglé par la lampe torche n´a aucune chance quand la machette du chasseur lui entaille la tête de façon définitive. Il place le caïman sur le tronc d´un arbre. Nous continuons notre chemin en quête d´une autre proie, la seule que nous trouverons ce sera une tarentule, charmante petite araignée bien velue et grosse comme la main. Gustavo nous indique que celle-ci n´est qu´une enfant. Nous retournons au camp avant que les mauvais esprits ne soient de sortie, selon les dire de notre guide chaman, ils sortent vers 11 heures, un peu comme nous quand on va boire un coup...Cette nuit nous dormirons au sec, la bâche a été posée dans l´après-midi et il ne pleut pas. Dès 6 heures nous sommes debout au chant du perroquet, beaucoup plus sympathique que celui du coq. Les moustiques recouvrent la moustiquaire prêts à l´attaque mais nous n´avons pas le choix il faut bien sortir. Pendant que nous buvons notre café, encore un peu dans le coltar ; Amador s´active pour préparer le caïman en le passant au dessus du feu afin de lui retirer les écailles –après il sera doux comme un bébé nous dit-il-, sans plus de finesse culinaire il le pose sur le feu. Nous le mangeons avec du manioc et le trouverons plutôt bon. Un petit nettoyage à la rivière, et nous enfilons nos bottes et nos fringues de plus en plus sales. Nous partons en virée forestière. Au programme singes et tarentules que le chasseur ira chercher à la main au fond de son trou. De retour, les guêpes ont envahit le campement, attirées par l´odeur du caïman et d´autres restes culinaires. Le guide préfère que nous changions de campement. Nous remballons les affai
res et n
ous nous mettons en route. Nous arriverons une bonne heure avant la nuit, ce qui laisse le temps aux guides de nous montrer leur savoir-faire en survie en forêt et de construire en moins d´une demi heure un abri pour dormir. L´emplacement n´est pas aussi bien que le précédent, pas d´eau clair et à la tombée du jour, les moustiques passent à l´action. Du jamais vu. D´un seul coup j´en tue trois sur mon pied. En permanence nous sommes agacés par leur vrombissement, ils sont si nombreux qu´ils produisent un bruit sourd qui donne une impression d´être au cœur d´une usine naturelle qui jamais ne s´arrête. Bref pas de temps à perdre, nous expédions le repas du soir et nous nous réfugions sous nos moustiquaires avec nos bouquins. Pendant la nuit, je constate que nos guides prennent notre sécurité très au sérieux, à peine le temps de me lever pour aller pisser que la torche de Gustavo s´allume pour vérifier si tout se passe bien. D´ailleurs le lendemain, nous le verrons prier tout en fumant son tabac, il nous expliquera que cette substance est nocive pour les non initiés, mais très bonne pour les chamans, je crois que je vais devenir chaman !!! Dans l´après-midi nous partons taquiner le poisson, le nous n´est pas approprié car il n ´y a qu´une seule canne celle du guide car il a oublié de nous en préparer une. Pas grave la pêche m´ennui profondément. Pendant que nous le suivo
ns se déplaçant le long du cours d´eau à la recherche de notre futur dîner, nous regardons les plantes vertes, les fougères arborescentes, les fleurs, les processions de fourmis, les papillons, libellules, les mousses...bref tout le joli petit écosystème qui compose la forêt d´Amazonie. Nous essayons de repérer des toucans, l´oiseau préféré de Laetitia, nous les entendons mais la canopée est bien trop haute pour nos yeux. De retour de notre partie de pêche nous nous apprêtons pour une sieste, direction les hamacs. Je remarque la présence de petits êtres appelés termites qui se baladent sur la moustiquaire, et plus je m`approche plus j´en vois, elles sont des centaines, non des milliers. Je suis du regard cette autoroute, elle remonte jusqu´à une jonction ou une route prend la direction du sommet de l´arbre, tandis que l´artère principale, égale à une highway made in USA, plonge vers le sol...Et ça bosse les termites, elles sont déjà en train de damer le terrain avec leur sécrétion marron, la corde, mon sac et la moustiquaire sont déjà bie
n goudronnés. Changement de point d´attache pour le hamac, nettoyage du reste et la sieste peut commencer. Une petite promenade en solo dans les environs, je découvre de jolies petites maisons de scarabées s´élevant comme de petites cheminées sur le sol chaotique de la jungle. Un peu avant la tombée de la nuit nous préparons nos petits poissons, une casserole, les poissons, un oignon, des petites morceaux de carotte, une pincée de sel, nous attendons que la magie du feu opère et nous les dégustons avant de nous faire déguster par les moustiques qui commencent à se rassembler pour une ultime attaque de nuit, mais nous préparons nos défenses et en nous aspergeant de produit répulsif puissance maximum. Rapid
ement nos espoirs sont réduits à néant face à la voracité de ces moustiques sans aucun doute mutants et portés par la puissance de la Pacha-Mama. Heureusement ce soir nous partons en ballade à la recherche de singes nocturnes ce qui nous éloigne des moustiques, à croire qu´ils se sont regroupés dans notre campement. Équipés de nos lampes nous suivons Amador qui régulièrement éteint sa torche nous invitant de façon implicite à faire de même. Nous sommes plongés dans une obscurité totale, perdant notre sens premier ; notre ouïe prend le relais, sollicitée de façon incroyable par le nombre de sons qui viennent de toute part, croassements, battements d´ailes tous proches, sifflements et hululements, craquements de branche dans le lointain, caquetages...et la lumière se rallume et Amador prend une direction en se débarrassant de quelques branches en moulinant avec sa machette. Lui, le chasseur, a entendu un bruit, nous rien, encore noyés parmi les milliers de bruits que la forêt produit en permanence. Nous ferons plusieurs haltes, à chacune d´elle le chasseur réoriente notre course ; il finit par diriger sa lampe vers la cime des arbres et nous voyons deux yeux s´illuminer en nous fixant...voilà nous avons vu un singe nocturne, c´est formidable. Nous rebroussons chemin, arrivons au camp pour nous faire dévorer par ces enfoirés de moustiques, le mot n´est pas trop fort, je vous assure. Nous nous réfugions sous nos moustiquaires avant de rassembler à un adolescent prêt pour le dermato.Le lendemain matin, café-moustiques. Nous quittons le camp pour le village, notre dernière marche dans la jungle, nous ouvrons grands les yeux et les oreilles. Deux heures de marche. Régulièrement Gustavo donne, comme à son habitude, des coups de machette dans un arbre qui résonne comme un tam-tam. Contrairement aux autres fois, aujourd´hui il y a une réponse. Nous nous rapprochons de la civilisation ; quelques minutes plus tard, nous arrivons sur un chantier forestier, beaucoup de gens du village sont là pour mettre à bas les arbres, qui seront bientôt remplacés par des bananiers ou du manioc. Nous passons notre chemin suivis par deux marmots bien contents de notre passage. Nous longeons plusieurs champs et petit à petit la chaleur devient de plus en plus forte à mesure que nous quittons l´ombre de la canopée. Arrivés au village, le chasseur rejoint sa maison et nous celle de Gustavo. Petite discussion avec la femme de Gustavo, résultat un collier et deux bracelets vendus. Cet achat nous permet de nous rendre compte que le village est gravement touché par l´analphabétisme. Comme Gustavo qui se fait lire les textes par son fils, sa femme à demandé à sa fille de faire l´addition pour savoir combien je lui devais. Puis nous déjeunons, des bonnes pâtes au thon, entourés de toute la smala, Gustavo et sa femme sont les heureux parents de 5 enfants. Une petite sieste avant que le chasseur nous rejoigne pour notre promenade en pirogue sur une des branches de l´amazone. Au début la pirogue se faufile entre les arbres ce qui donne l´impression de passer par des sentiers aquatiques. Pendant
la saison sèche ces passages peuvent être empruntés à pied mais nous sommes encore en saison des pluies et le niveau du fleuve est 15 mètres plus haut. L´œil aux l´aguets, le chasseur repère une chose à la cime d´un arbre, nous avons beau essayer de faire chavirer la barque en scrutant le sommet des arbres, nous ne voyons rien. Nous repartons et immédiatement après avoir passé un coude, Gustavo récupère une machette auprès d´un autre gars du "pueblo" et nous entamons un demi-tour pour rejoindre l´arbre où Amador avait repéré sa proie. Gustavo, la machette en bandoulière grimpe à l´arbre avec une dextérité insoupçonnée. En moins de deux minutes il a rejoint la canopée, une minute plus tard nous entendons dégringoler quelque chose, nous craignons le pire, du genre Gustavo qui a loupé une branche ou un singe décapité. Amador dirige la pirogue vers le point d´impact, passe derrière l´arbre et commence à lutter ferme avec une bête, qui n´a pas l´air très conciliante. Mais Amador sortira vainqueur de cette lutte inégale et ramène un paresseux qu´il balance comme un sac de patate dans la pirogue. Immédiatement le bestiau veut prendre la tangente mais il est saisit par le colbac
k et rebalancé dans le fond du bateau. Gustavo nous rejoint et pendant ce temps le paresseux retente une échappée, rien à faire. Cette fois le chasseur l´attache et nous repartons. Le regard triste le paresseux regarde sa maison s´en aller. Du bluff car la corde n´était pas bien attachée et il réussit, avec la complicité de Laetitia qui avait vue la possibilité d´évasion et qui comme tout Corse qui se respecte a su tenir sa langue. Notre héros plonge dans la rivière. Beaucoup plus habile dans l´eau que sur terre, il entame une longueur en direction de la rive à une vitesse étonnante. Le chasseur n´apprécie pas cette escapade fait pivoter la barque et le rejoint avant qu´il n´est eu le temps d´atteindre les arbres. Cette fois s´en est finit de la liberté, il passera le reste du trajet à regarder tristement la berge et quand au retour nous repasserons devant l´endroit de sa capture il tendra le bras, comme le faisait un certain personnage dans le célèbre navet de Steven Spielberg. Nous sommes attristés du sort du paresseux et demandons ce qu´il compte en faire, pas le tuer au moins ? Ce pauvre paresseux est promit à un avenir peu radieux. Amador nous explique tout content qu´il va servir de modèle photographique pour les touristes de passage au village. C´est toujours mieux que de finir dans une assiette, mais tout de même moins bien que de taper la sieste au sommet des arbres en regardant le vol des perroquets.Avant la tombée de la nuit, le village reçoit sa livraison de touristes quotidienne. L´un des gars du village enfile son déguisement d´indien de la forêt pour faire son show, des petits stands de souvenirs s´installent le long de l´allée centrale en quelques minutes. Les singes, perroquets, paresseux sont de sortis au bout d´une ficelle prêts à être photographiés par qui voudra bien lâcher quelques pesos. Le village est transformé pour la circonstance et retrouvera son calme et son aspect dès les touristes partis.
Après le repas du soir, et que Gustavo soit revenu de la consultation chamanique, nous avons une disc
ussion avec lui, au cours de laquelle il fera une prière pour nous. Nous le remercions lui et sa famille et nous allons nous coucher. A l´aube le village se réveille au chant du coq. Deux heures plus tard nous sommes dans une pirogue sur le bord de l´Amazone ; nous attendons le passage du Rapido pour Leticia. Gustavo embarque avec nous, sans doute pour récupérer le fruit de son travail auprès de l´autre Gustavo qui d´ailleurs nous attend sur le quai à Leticia et qui a l´air tout étonné que le guide soit revenu avec nous. Nous prenons un taxi pour la Posada, Gustavo le guide voudra y aller à pied, nous l´invitons à venir avec nous. A la maison, les deux Gustavo auront une discussion privée. Nous invitons Gustavo le guide à venir boire un coup. Gustavo le propriétaire s´y oppose presque. Tous les trois, nous prenons un bon petit-déjeuner et ensuite nous passons dans un cybercafé, Gustavo voudrait que nous lui créions une adresse email mais nous nous rendrons qu´il ne sait ni lire, ni écrire et qu´il ignore sa date de naissance. Espérons qu´il se fera aidé par l´un de ses enfants qui eux ont la chance de pouvoir aller à l´école. Nous nous quittons là, heureux des quelques jours que nous avons passé avec lui au cœur de la forêt amazonienne. Demain nous partons pour Manaus, encore plusieurs jours de bateau au rythme du fleuve et cette fois nous allons acheter des hamacs dignes de ce nom. Gustavo de la Posada nous propose son aide pour acheter les billets le lendemain, parfait. A la nuit tombée nous partons à la recherche d´un petit restaurant pour dîner en amoureux, c´est bon de s´asseoir en tête à tête avec une assiette, un vrai repas et une bonne bière. Pas de grâce matinée pour les voyageurs, nous partons avec les bicyclettes de Gustavo sous la chaleur amazonienne pour valider notre sortie de territoire colombien, puis notre entrée en terre brésilienne. D´abord direction l´aéroport de Leticia, résultat un tampon et un litre de sueur. Heureusement que le bureau des douanes possède la climatisation. Nous reprenons nos vélos pour Tabatinga, ville jumelle de Leticia côté brésilien, un nouveau litre de sueur dépensé et notre tampon d´entrée. La course continue, nous devons trouver l´argent pour nos billets, nous ne trouvons pas de distributeur côté brésilien, retirons du côté colombien, puis changeons nos pesos en reais. Retour à la posada, je repars en moto avec Gustavo pour le port de Tabatinga. Gustavo discute avec le receveur, le contact est mauvais. Nous repartons pour un autre port, un bateau plus petit, en moins bon état mais l´accueil est plus chaleureux sur le "Dom Manoel", j´aurai même une petite ristourne, de 150, nous passons à 140 grâce à mon deuxième prénom : Manuel. Souvent les gens préfèrent utiliser mon deuxième prénom, Stanislas est trop compliqué à prononcer, Manuel beaucoup plus familier pour les latino-a
méricains. Nous installons les hamacs sur le pont, et retour à l´hôtel pour chercher Laetitia. En aparté, nous avons une petite discussion avec Laetitia, qui me rappelle que Gustavo nous avait dit que s’il y avait deux bateaux nous pouvions toucher le billet à 100. Nous en parlons à Gustavo, qui prétexte qu´il ne pouvait pas demander de ristourne car il était de la ville et que cela aurait été mal venu de sa part de demander un tarif préférentiel. En y repensant je me souviens que lors de la discussion avec la dame, j´ai cru entendre le mot "commission" ; le doute s´installe sur la probité du bonhomme. Tout cela n´est pas bien grave, nous partons déjeuner dans un restaurant à pas cher. Il est 13 heures, nous prenons un minibus dans un état limite mais qui arrive tout de même à destination. Nous embarquons, regagnons nos hamacs, il y a en a beaucoup d´installés sur le pont, beaucoup plus que tout à l´heure et que lors de notre trajet pour arriver jusqu´à Leticia. Le temps se couvre et une pluie violente s´abat sur le port.
Vol de nuit. Une heure et demie pour 500 kilomètres au-dessus de la plus grande et la plus primaire forêt du monde pour rejoindre Iquitos. De l´Amazonie vue du ciel nous ne verrons rien. Atterrissage sans encombre. Nous récupérons nos affaires sur le tapis roulant qui fonctionne tant bien que mal et sortons du petit aéroport. Ivan nous attend, il a un peu changé depuis la dernière fois où nous l´avons vu à Puno, il est passé chez le barbier et a dû perdre un bon kilo de poils. A peine le temps de nous saluer que nous avons déjà plusieurs propositions de différents taxis pour nous emmener jusqu´au centre ville. Tout en fumant notre première cigarette en terre amazonienne, nous nous dirigeons naturellement vers le taxi qui a l´air le plus sympathique, une femme bien en chair et tout sourire. Pendant le trajet nous nous racontons les deux semaines que nous avons passées chacun de notre côté. Pour Ivan ses expériences chamanique et pour nous notre visite du Machu-Pichu et notre remontée chaotique pour arriver jusqu´ici. Le récit d´Ivan est évidemment à tendance psychique et le notre beaucoup plus physique. Le taxi nous dépose Plaza de Armas. Toutes les villes péruviennes dignes de ce nom possèdent au centre de la cité et comme place principale, une Plaza de Armas, Iquitos n´y échappe pas. Ivan étant sur place depuis quelques jours, il a loué une chambre dans un petit hôtel en plein centre. Une entrée un peu sombre encombrée de divers peaux de bêtes, crocodile, léopard, des crânes mais aussi un grand perroquet coloré qui donne du « OLAAAA » à ceux qui passent l´entrée. N´étant pas en haute saison nous pouvons discuter un peu le prix. Notre chambre est superbe, spacieuse et ventilée et avec cette chaleur c´est un luxe, tout en bois, nous y accédons par un enchaînement de petits escaliers. Si nous n´étions pas en ville, nous aurions le sentiment d´être au cœur de la jungle. Pour continuer notre immersion dans un milieu sylvestre Ivan nous emmène dans un restaurant entièrement en bois, les chaises, les tables, les murs. L´espace est grand et aéré, les serveuses sont charmantes et souriantes, la cuisine italienne est parfaite, le vin un peu fort, mais c´est ce qu´il fallait pour des retrouvailles. Tant qu´Iva
n sera là ce sera notre cantine, Ivan parti nous en changerons car bien que le lieu soit idéal, les prix sont élevés. Tout se paye dans ce monde. La rue de notre hôtel donne directement sur la place principale, les écrivains publics sur leur vieille machine y passent la journée, du côté ombragé de la rue, à attendre le client pour lui écrire des lettres sans doute plus administratives que sentimentales. L´un deux est passionné d´échecs, entre deux lettres il croise le fer avec les passants. L´échiquier est sans doute aussi vieux que sa machine, et je n´ose pas imaginer le nombre de lettres et de parties qui ont été écrites et disputées sur ce bout de trottoir. Nous sommes en pleine semaine sainte alors évidement quand nous passons près de l´église de la place principale pour nous rendre au marché de Belem, elle est pleine à craquer. Le marché lui aussi est plein à craquer, si l´église nourri l´esprit de denrées spirituelles, n´oublions pas que l´homme est de chair et que le matériel a son importance pour sa survie dans ce monde qu´il se créé chaque jour et parfois on pourrait se dire que ce monde est bien hostile. Le marché et le quartier de Belem en sont un bon exemple. D´abord le marché. Immense, vivant, bruyant, coloré, exotique…tout à fait charmant au premier coup d´œil. Mais sous ce vernis que reste t-il ? Des chiens galeux qui traînent dans les allées à la recherche d´une pitance quelconque, des allées pleines de boue et de détritus, des étales qui vendent des viandes souvent plus bleues que rouges. Des pickpockets, l´un d'eux à même voulu exercer son art sur le sac de Laetitia, heureusement elle s´en est rendue compte et il a filé vite fait sans demander son reste ; des gamins pour vendre des confiseries ou vous cirer les po
mpes pour quelques centimes. Évidemment je grossi le trait car on trouve aussi de beaux étales avec de beaux fruits et légumes, de magnifiques paires de baskets qui sentent la contrefaçon, du matériel électroménager dernière génération. Dans ce marché il y a aussi une partie réservée à la magie ; on y voit tout les ingrédients indispensables pour des cérémonies chamaniques, plantes hallucinogènes, dont la fameuse ayahuasca, graines, écailles de tortues… bref tout le nécessaire du parfait chaman. Ce marché incroyable jouxte le quartier du même nom. Belem est la Venise du pauvre, il est construit sur la rive de l´Amazonie. Il en subit la crue, pendant la saison des pluies on circule en barque ou sur des chemins de pilotis construit avec le tout venant, planches, troncs. Cela donne une
espèce de sentier chaotique où les gens du quartier marchent avec aisance mais pour celui qui ne connaît pas la circulation est beaucoup plus délicate. Les maisons sont comme les chemins, construites avec du matériel que l´on imagine aisément de récupération, couvertes de l´inévitable toit de taule. Pendant la saison des pluies ce tableau peut sembler presque charmant, mais en saison sèche quand l´eau s´en est allée et que seules les maisons restent au milieu de la boue, je pense que l´ambiance est toute autre. Nous finissons notre ballade dans un troquet surplombant le quartier ; nous y passons l´après-midi à discuter, jouer à un jeu de société en buvant des bières à pas cher. Dans cette ville l´architecture ennuyeuse, la seule caractéristique architecturale intéressante est les Azulejos, mosaïques d´origines espagnole et portugaise. Ils ornaient les demeures aux heures de gloires de la ville, quand l´argent coulait à flot grâce à l´exportation du caoutchouc qui coulait dans les veines des hévéas qui poussent à l´état naturel dans la forêt. Mais l´exploitation difficile de ces arbres, et celle de la population locale pris fin quand les anglais volèrent des graines de cet or vert pour en commencer l´exploitation de façon industrielle en Malaisie. Après cela la ville connu une récession qui prit fin avec la naissance du tourisme de masse et l´exploitation forestière vers l´Europe, l´Amérique et aujourd´hu
i vers l´Asie notamment, nouveau prédateur des ressources terrestres. De la forêt d´Iquitos nous ne verrons pas grand-chose, nous irons faire un tour en pirogue sur deux affluents de l´Amazone, le Nanay et le Momon. Toutes les rivières du plateau amazonien sont calmes et majestueuses, circulant comme l´anaconda dans la végétation luxuriante, s´accrochant aux arbres, ondulant sur le sol, se faufilant entres les racines. Notre jeune guide, voudra nous emmener dans quelques villages typiques avec des indiens de pacotille, gentiment nous déclinerons sa proposition et opterons pour un petit parc animalier où nous pourrons voir des paresseux, une tortue qui a sans doute servie de modèle pour les générations futures tellement son fasciés semble sorti des âges où la nature n´était pas encore une artiste accomplie. Nous verrons aussi des anacondas, des oiseaux et de petits singes malicieux. Quelques jours plus tard nous retournerons sur ce bras du fleuve pour visiter une ferme aux papillons tenue par une australienne. A force de patience et de connaissances des plantes sur lesquelles les chenilles se nourrissent, elle a réussit à recueillir quelques papillons qui volent dans une immense cage au milieu de plantes luxuriantes. Certains de ces papillons atteignent la taille respectable de deux mains l´une à côté de l´autre. Outre les papillons on trouve un tapir, un fourmiller et un léopard qu´elle a dû recueillir, comme cela arrive souvent quand des touristes crédules et stupides, achètent d
es animaux à des vendeurs cupides et peu scrupuleux et qu´au moment de partir finissent par l´abandonner dans l´hôtel où ils ont logé ou dans un refuge. C'est ce qui se passera dans notre hôtel, où deux jeunes personnes ont acheté un petit singe au marché de Belem, histoire d´avoir un animal domestique pendant leur séjour amazonien. Nous retrouverons ce bébé singe attaché à un poteau et eux sans doute déjà dans l´avion direction l´Europe.Les jours se succèdent et vient celui ou Ivan doit nous quitter pour repartir vers Lima. Direction l´Antica notre QG gastronomique : entrée, plat, dessert. Le lendemain nous accompagnons Ivan à l´aéroport, une dernière clope sur le parvis, il passe le portillon électronique et nous revoilà en solo. C´est dans ces moments que l´on peut se rendre compte de notre attachement à nos amitiés et du bien que cela fait de revoir les amis et de se raconter des histoires qui nous sont communes, d´imaginer des projets farfelus, de se raconter des histoires stupides, de faire des constats amers sur le monde, de se dire que notre avenir est bien gris, mais que la vie malgré tout une
aventure formidable et unique et qu´il est de notre devoir de remplir la coupe et de la boire jusqu´à la lie. Nous passerons encore deux jours à arpenter les blocs d´Iquitos avant de nous embarquer sur une « lancha » un bateau à fond plat de deux ou trois ponts qui assure la déserte de Leticia, 500 km sur l´Amazonie. Nous saluons nos hôtes, et nous prenons un bus direction le port. Des bus incroyables, tout en bois et dont toutes les vitres ont été retirées. Sur le port les bateaux sont les uns à côté des autres comme des baleines échouées à marée basse. Nous achetons deux hamacs, nous prenons des filets qui prendront moins de place dans nos sacs mais nous le regretterons dès la première nuit, pratique mais pas du tout confortable. Nous nous rendons ensuite à bord pour acheter nos billets auprès du capitaine et installons nos hamacs sur le pont supérieur. Le premier pont et la cale sont réservés pour les marchandises, les deux autres sont pour les passagers. Il est minuit, avec quatre heures de retard le bateau se détache doucement de la berge pour suivre le courant du fleuve vers Santa Rosa, petit village côté péruvien de la triple frontière Brésil, Colombie, Pérou. Nous effectuerons de nombreux arrêts pour charger et décharger hommes et marchandises, la majorité des passagers sont des péruviens, nous ne sommes que quatre touristes, nous, un allemand qui n´en est pas á sa première traversée et un argentin. Les journées sont ponctuées par les repas -inclus dans le prix-, petit déjeuner à 6h30, déjeuner à 11h30 et dîner à 18h, avant que la nuit tombe. Nous avons été très choqué par la façon dont beaucoup de passagers péruviens se débarassaient de leurs déchets : en les jetant par dessus bord dans l´Amazone -alors que le bateau était équipé de grosses poubelles. Il nous faudra deux nuits et deux jours et demi pour arriver à destination et nous serons bien heureux d´y arriver car mêm
e si le paysage est magnifique avec le temps il en devient monotone, le pays est plat et du milieu du fleuve la forêt se dévoile à peine. A bord il n´y a pas grand chose à faire sinon lire ou dormir et nous regrettons d´autant plus l´achat de ces hamacs filets qui nous donnent l´impression d´être de gros poissons pris dans les mailles. Seuls l´aube et le coucher du soleil donnent une variation lumineuse à cette poésie fluviale. Débarqués, à Santa Rosa nous nous plions aux formalités douanières et nous nous embarquons à bord d´un bateau collectif pour rejoindre la fameuse Leticia qui se trouve de l´autre côté du fleuve en Colombie.
Dans six jours nous avons un avion qui décolle de Tarapoto pour Iquitos. Plus de 1000 kilomètres, une distance qui en France est parcourue en 4 heures par le train, ici, il n´y a pas de train à grande vitesse ni d´autoroute et on trouve parfois des routes goudronnées. Donc pas de temps à perdre, surtout que nous prévoyons un arrêt à mi-chemin à la Merced, capitale du café péruvien.
Il est 18 heures quand notre bus démarre et sort de la gare de Cusco, il n´est pas de première jeunesse, mais beaucoup plus confortable qu´un bus éthiopien. Ayant pris nos places au dernier moment, nous sommes à l´arrière du bus. Nous avons un changement prévu vers 6 heures du matin pour continuer notre route vers Andahuaylas. Le bitume étant bon et le bus plongé dans l´obscurité nous nous endormons rapidement. Comme prévu nous arrivons à Andahuaylas pour le changement de véhicule, il est plus petit et en moins bon état. Arrivant aux places qui nous sont assignées, nous ne les trouvons pas, les sièges ont été retirés ! Après discussion, nous parvenons à nous asseoir sur deux des cinq places qui trônent à l´arrière du bus. Etant donné l´aperçu de la piste et notre expérience éthiopienne nous ne sommes guère enchantés. Il faudra à peine une demi heure pour q
ue nos craintes ne se transforment en réalités. La piste est caillouteuse, pleine de bosses et de trous. Ce ne sera donc pas un voyage d´agrément, d´autant que les pauses sont inexistantes et nous devront attendre midi avant que le bus ne s´arrête dans une station service à l´abandon, transformée en aire de pique-nique. 20 minutes plus tard nous repartons, pause obligatoire, un camion bloquant la voie, le chauffeur préfère nous invite à descendre afin de manoeuvrer la conscience tranquille et passer sereinement entre le camion et le ravin (à vrai dire nous aussi on préfère le regarder faire sa manœuvre de dehors). Sans autre dommage qu´une crevaison et notre postérieur endolori nous arrivons dans la ville de Ayacucho. Nous venons de parcourir à peine 150 Km en 24 heures. Pas de temps pour passer la nuit dans cette charmante bourgade qui vit naître le sentier lumineux il y a une vingtaine d´années, nous nous renseignons immédiatement et trouvons un bus qui part dans une heure. Nous dînons à l´étage de la compagnie de bus, lumière crue, menu classique et pas cher : une soupe, une assiette avec viande, riz, patates et une boisson. La note réglée nous prenons place dans le bus pour continuer notre course, en espérant que la route sera en meilleur état. Il 21 heures, nous sortons de la ville. Une heure plus tard notre bus s´immobilise, les lumières du bus s´allument, un jeune homme habillé de façon militaire se dirige directement vers le fond, et demande les cartes d´identité...nous nous regardons avec Laetitia, pendant une fraction de seconde nous avons un doute, est-ce vraiment la police ? Oui, après avoir photographié nos passeports, il nous les rend et part contrôler d´autres passagers, et nous repartons dans la nuit direction le nord du Pérou. Au rythme des bosses nous finissons par nous endormir.
Quatre heures du matin, nous sommes à nouveau réveillés. Le bus vient de s´immobiliser apparemment sans raison. En sortant nous voyons que nous ne sommes pas le seul véhicule à l´arrêt. Une longue file s´étend devant nous, à la lumière de notre torche nous la remontons pour
nous rendre à la source d
u problème. Un camion immobilisé en travers de la route, une partie de la remorque prête à basculer sur les maisons en contrebas. Nous retournons dans le bus et nous rendormons, de toute façon il n´y a rien d´autre à faire. A l´aube le bus n´est toujours pas reparti, un autre camion est là. Des personnes ont commencé à décharger les sacs de ciment, arrive ensuite une grue pour débloquer la situation devant une bonne soixantaine de spectateurs (les occupants de tous les véhicules immobilisés). 9 heures, nous repartons à l´assaut des pistes péruviennes. Vers midi nous sommes à Huancayo. Nous restons deux heures dans cette petite ville, le temps de se restaurer d´acheter un billet pour notre prochaine étape et nous partons pour Huánuco. Aucun problème sur la route, nous arrivons à l´heure prévue, incroyable. Pas de départ prévue pour cette nuit, ni pour le lendemain, demain on se repose. Un passant nous indique un petit hôtel sympathique en ville. Minibar, télévision, douche chaude, lit confortable. Parfait pour se reposer de ces deux jours de route éprouvants. On prend de la bière dans le frigo et allumons la télé, une chaîne porno... nous optons pour la chaîne enfantine et nous nous endormons en regardant la Panthère Rose. Nous profitons de ce jour de repos pour visiter la ville et réfléchir si nous avons le temps de nous rendre à la Merced, grosse cité caféière de la région. Après nous être renseignés, cela s´avère impossible, car nous allons devoir, à partir d´ici prendre des taxis collectifs avec plusieurs villes étapes, les routes sont tellement pourries que les bus ne peuvent les emprunter. Cela devrait nous prendre une journée et demie si tout se passe bien, et notre avion est dans trois jours. Nous disons adieu à La Merced et réservons un taxi pour le lendemain 10 heur
es.
Dans la matinée nous avons rencontré un torréfacteur, chez qui nous avons dégusté un bon café de la région et sûrement le meilleur du Pérou en ce qui nous concerne. Le soir alors que nous regardons passer une procession, semaine sainte oblige, nous retrouvons la personne qui nous avait indiqué l´hôtel, nous allons boire un coup dans un bar fort sympathique et il nous fait découvrir l´aguardiente, un alcool péruvien à base de canne à sucre. Nous passons le reste de la soirée en amoureux pour fêter nos six mois de voyage, dans le restaurant le plus chic de la ville, avec sans doute le menu le plus cher, mais aussi le plus cheap. Déprimés, mais souriants nous allons nous coucher après cette belle arnaque gastronomique, mais nous vous l´avions déjà raconté.
Le lendemain 10 heures, le taxi est là. Nous embarquons, repassons par la station pour charger du monde. Trois heures plus tard sur une route relativement clémente nous arrivons dans la ville de Tingo Maria. On mange un bout dans une gargote à la mode péruvienne et nous rembarquons dans un autre taxi, cinq heures de piste au programme. Sans encombre mais avec une bonne heure et demie de retard nous arrivons à la nuit tombée sous une légère pluie à notre étape suivante, Tocache. Une ville digne du farwest, une route vaguement goudronnée, mais la majeure partie des voies sont boueuses. Une jeune fille qui était dans le taxi avec nous et qui est du village nous indique un petit hôtel avec un confort minimum qui conviendra parfaitement pour passer la nuit. Nous trouvons un taxi pour Tarapoto, départ le lendemain 7 heures, les dix dernières heures de piste avant de pouvoir enfin prendre l´avion. Nous avons hâte, en 4 jours, nous cumulons déjà 60 heures de route. Avant même que nous soyons réveillé, nous entendons frapper à la porte. C´est le chauffeur qui vient nous chercher avec une bonne demi heure d´avance. Je lui fais comprendre avec mes trois mots d´espagnol de repasser dans un petit quart d´heure. Nous passons nos frusques vite fait, un débarbouillage et nous sommes dans la rue. Le temps de fumer une clope, faute d´un bon café pour nous réveiller et voilà que notre voiture s´avance. Comme pour le jour précédent nous prenons la direction du garage pour charger les trois passagers manquants ; cela nous laisse le temps de voir la ville se réveiller et nous aussi en sirotant un café dans le bar voisin. 8 h 15, c´est le coup d´envoi de la dernière spéciale pour Tarapoto. D´une spéciale, nous passons à un contre la montre. Notre chauffeur doit être un pilote de rallye frustré... nous avoisinons les 80km/h sur une piste dans un état plus que limite. Après une heure trente de course, enfin nous nous arrêtons dans u
ne gargote pour prendre le petit-déjeuner. Un quart d´heure plus tard nous sommes à nouveau sur la piste à nous enchaîner bosses et virages. Quelques passages boueux, quelques ornières. Juste à la sortie d´un virage un glissement de terrain plus important que les autres bouche la moitié de la route, le chauffeur ralentit, après une seconde de réflexion il remet la gomme, nous n´avons même pas le temps de parcourir les dix premiers mètres que nous sommes immobilisés par la boue. Il ne nous reste plus qu´à enlever nos chaussures pour descendre de voiture. Laetitia aide une dame en portant sa petite fille pour traverser ce passage boueux et je donne un coup de main pour dégager la voiture. Il nous faudra d´abord dévier l´eau qui coule et qui continue à ramener de la boue sur la route. Après une bonne demi-heure de patinage, 5 personnes à tracter la voiture et se faire copieusement arroser de boue, le chauffeur réussit à sortir de ce bourbier péruvien. La voiture à vide, il prend du recul, accélère à bloc et passe les 25 mètres de boue sans difficulté. Sans attendre nous repartons, le chauffeur continu d´attaquer la piste. Rapidement il est contraint de ralentir pour un simple problème mécanique, la surchauffe du moteur...ce qui l´oblige à conduire en roue libre quand la route le permet. N
ous finissons par nous arrêter près d´une rivière où pendant une dizaine de minutes nous faisons des allers-retours entre le cours d´eau et le radiateur de la voiture. Une fois la voiture remise de ses chaleurs nous repartons. Une dernière heure de route avant la pause midi, le chauffeur en profite pour se plonger dans le moteur pendant que les passagers se posent pour manger. J´en profite pour peaufiner mon rôle de « El Gringo » et d´acheter du café à un revendeur local, pendant ce temps Laetitia discute avec trois vieux assis à regarder ce qui passe dans la rue, c´est à dire pas grand chose. Ils lui annoncent que ça bloque un peu plus loin. Effectivement à peine une heure après être reparti, nous dépassons une file de camions, bus, voitures immobilisées ; nous stoppons à notre tour et allons voir l´origine du problème. C´est simple, la moitié du pont s´est écroulée. Des ouvriers travaillent depuis ce matin à le remettre en état, mais cela donne l´impression que rien n´a été fait. Notre avion est demain et il n´y a qu´une seule route, donc pas le temps d´attendre, nous payons notre taxi pour ce bout de course et trouvons de l´autre côté du pont un chauffeur de fortune plein d´opportunisme qui charge sa vieille caisse d
e galériens comme nous. Nous prenons les deux dernières places disponibles à côté du chauffeur. Une heure plus tard nous somme dans un petit village et changeons de voiture. Enfin la route s´améliore, moins de bosses, moins de montagne, mais cela n´empêchera pas la fatalité de nous rattraper. Nous finissons par crever, mais que légèrement autant que cela soit possible. Nous avons le temps d´arriver jusqu´à un atelier de vulcanisation. Petit à petit la piste laisse place au macadam, nous arrivons à un rond point, le chauffeur le coupe comme si de rien était. Nous roulons encore vingt minutes sur cette route à double sens et possédant une ligne blanche. Enfin Tarapoto, 5 jours de voyage, 70 heures de piste. Nous prenons le temps pour un bon restaurant, une grâce matinée et en fin d´après-midi nous embarquons et prenons notre envol au dessus de l´Amazonie pour la plus grosse ville du monde sans liaison routière, Iquitos.
Quand on évoque Cusco on pense bien sûr au Machu Pichu et il était inenvisageable que nous n´y allions pas. Nous n´avons pas eu les moyens de nous offrir le fameux Inca Trail qui relie le Machu Pichu à pied en 4 jours en passant par d´anciens chemins incas en franchissant des cols à 4000 m d´altitude mais nous avons trouvé un autre trek de 4 jours et 3 nuits à un tarif raisonnable (tout est compris, les déplacements, l´hébergement, les repas et surtout l´entrée du Machu Pichu qui n´est pas donnée) et dont le parcours nous intéresse . Après avoir consulté plusieurs agences - toutes ne sont pas sérieuses- nous concluons avec l´une d´elle, départ prévu le lendemain 7 h. Au programme, 60 Km à vélo - heureusement c´est de la descente -, deux jours de marche et enfin une journée au Machu Pichu. Après avoir attendu plus d´une heure que l´on vienne nous chercher nous faisons connaissance avec le groupe de neuf personnes, plusieurs nationalités : deux colombiens, un américain, une hollandaise, une suédoise et quatre français plus le guide qui s´appelle Washington. Après quatre ou cinq heures de route pendant lesquels nous faisons connaissance, nous voici en haut d´un col, après un rapide déjeuner en bord de route, nous enfourchons nos vélos. Maintenant, ce col il va falloir le descendre pour rejoindre la petite ville de Santa Maria. A peine nous commençons à rouler qu´il se met à pleuvoir, et pas qu´un peu, nous avons tout de mê
me réussi à protéger le haut avec nos coupe-vent mais pour le reste nous sommes imbibés ! La descente ne présente pas de difficultés mais l´état des vélos est plus que limite. Le vélo du guide n´a pas de freins, le colombien père une des pédales, une chaîne casse et nous mettons beaucoup plus de temps que prévu parce qu´il faut nous arrêter souvent pour réparer. Nous mettons au moins six heures pour rejoindre le village bien contents de trouver une douche chaude. Le lendemain, après une bonne nuit, nous partons pour une longue journée de marche. Toutes nos affaires n´ont pas eu le temps de sécher pendant la nuit, surtout les chaussures et les chaussettes mais cette fois-ci la pluie s´arrête quand nous partons. Nous empruntons d´anciens chemins incas dont certains étroits et à flan de montagne et nous passons par des endroits magnifiques. La région est superbe et en plus il y a du café ! De petites plantations bordent les chemins et plus nous montons plus il y en a. Mais nous ne sommes pas les seuls que le café intéresse, nous apprenons que Rafael, le colombien, est dir
ecteur d´une société de tri de café notamment pour l´exportation ! Il nous parle longuement du café colombien pendant que nous marchons, du coup on a plein d´infos avant même d´y être, en Colombie ! Nous arrivons dans une petite ferme où nous nous arrêtons pour une pause bien méritée. La gérante, la señora Justinia produit du café et nous fait goûter son dernier cru. Il est bon et surtout meilleur que le café instantané que nous bu ce matin et la plupart du temps depuis que nous sommes sur ce continent. Nous lui achetons quelques grains verts c´est à dire non torréfiés pour les ramener et compléter notre collection des cafés du monde. Elle nous explique comment elle travaille et aura avec Rafael une longue discussion, la rencontre de deux univers, le gros exportateur colombien et le petit producteur péruvien. Nous sommes maintenant prêts à repartir, le chemin est encore long jusqu´à Santa Teresa notre prochaine étape. Nous marchons encore une bonne partie de la journée mais les chemins ne montent pas trop, nous suivons la cadence et plutôt bien même. Après plusieurs semaines à plus de 3500 mètres d´altitude sur l`Altiplano bolivien et péruvien, maintenant que nous sommes à moins de 2500 métres, nous marchons t
ranquille, comme sur du plat même en côte ! A cette altitude la température est bien plus élevée, il fait même chaud et après le froid de l´Altiplano ça fait du bien. Notre périple de la journée se terminera par une baignade dans une source d´eau chaude, un petit complexe au milieu de nul part avec des bassins de recueillements pour les eaux chaudes qui sortent des flancs de la montagne. Nous restons une bonne heure à mijoter dans ces eaux avant de rejoindre l´hôtel en bus. Après cette journée on est tous un peu fatigués mais on décide quand même d´aller boire un verre. C´est vrai quoi on n´est pas des vieux et on ne va quand même pas aller se coucher à 21 h. C´est ce que certains font mais un petit groupe se retrouve dans le seul bar un peu animé de la ville à boire des pisco sour. C´est un cocktail péruvien, un alcool de raisin, de jus de citron, de sucre de canne et de blancs d´oeufs montés en neige. Après que chacun ait payé sa tournée nous décidons d´aller tester la piste de « dance » de la discothèque locale. Nous arrivons dans un endroit à la décoration assez étrange. Un des murs est recouvert de boites d´oeufs et un autre d´une peau de bête difficile à identifier. Nous boirons quelques bières en dansant sur les rythmes péruviens à la mode. Etant les derniers clients, nous sentons que la propriétaire et le DJ ont des projets plus intéressants pour le reste de la nuit, comme eux nous partons nous coucher. Le lendemain nous nous retrouvons dans le même restaurant que la veille pour y prendre notre petit-déjeuner. Réveillés et l´estomac plein nous partons pour notre dernier jour de marche, direction la cité perdue. Le village de Santa Maria est situé en hauteur, depuis que l´ancien ait été submergé par les eaux en crue du fleuve il y a quelques années ; nous en voyons les ruines en rejoignant la rivière pour traverser le fleuve. Traversée peu ordinaire, assis dans un caisse suspendue à un filin 8 mètres au-dessus du fleuve démonté en cette saison par les eaux affluant de tous les versants des montagnes avoisinantes. La ballade est moins intéressante parce que nous longeons le fleuve sur un chemin de terre mais les paysages n´en restent pas moins magnifiques. A la mi-journée nous atteignons l´entrée du Parc National du Machu Pichu mais le site lui-même est encore loin. Nous nous arrêtons pour déjeuner et attaquons ensuite la dernière partie qui sera aussi la moins plaisante. Il n´y a pas de chemin et nous avons du longer la voie ferrée ou plutôt marcher entre les rails pendant trois ou quatre heu
res. Du coup, pas facile de regarder les paysages, nous devont garder l´oeil oú nous posons les pieds pour ne pas se gauffrer sur les cailloux. Pas facile mais en fin de journée nous arrivons enfin à Aguas Calientes, la ville la plus proche du Machu Pichu. C´est là que nous passerons la nuit et que nous partirons demain matin à l´aube pour découvrir enfin le site. Nous passons une dernière soirée ensemble, nous sommes tous un peu crevés mais contents de ces trois jours et nous avons tous hâte de voir à quoi ressemble le site ; Washington (le guide) nous explique le programme du lendemain. Pour commencer, il va falloir monter jusqu´au Machu Pichu, deux solutions, un bus par une route en lacet qui gravit la montagne où à pied par les 1700 marches des escaliers qui coupent chaque virage. Dans tous les cas ce sera à l´aube pour arriver parmi les premiers. Nous ne sommes que quatre à décider de monter à pied, Rafael, Ana Lucia et nous deux. Au moins on pourra dire qu´on aura atteint le Machu Pichu sans aide extérieure ! Le guide lui ne nous accompagnera pas et nous confie à un collègue qui nous fera la visite du site pendant deux heures demain. Les quatre courageux ont rendez-vous à 4h30, c´est qu´il faut un peu de temps pour les gravir ces 1700 marches, pour les autres vu qu´il ne faut que 15 minutes pour monter en bus ils pourront dormir un peu plus. Nous devons tous nous retrouver là-haut avec le guide vers 6h. Le début de l´ascension se fait à la lampe, petit à petit le jour se lève et nous découvrons le paysage. Rien d´étonnant à ce que l´on appelle les gens de la région « le peuple des nuages ». Les montagnes s
ont nimbées de brume et cela rend l´atmosphère encore plus mystérieuse. Le Machu Pichu qui est resté caché et ignoré pendant toutes ces années ne se dévoilera qu´au dernier moment. A chaque volée de marche nous nous attendons à le voir mais non, il nous faut encore faire un effort. Au bout d´une heure et demi, enfin les premières maisons qui bordent le site apparaissent. Ca y est, nous y sommes enfin. A cette heure-ci, il n´y a pas encore beaucoup de monde et nous aurons la chance d´être parmi les premiers à entrer. C´est impressionnant, la lumière à cette heure est féerique et avec le site presque vide de touristes on se sentirait presque revenu 500 ans en arrière. Le guide passe deux heures à nous expliquer l´histoire de ce lieu magique. Construite autour de deux pics, le Machu Pichu (Vieux Pic) à 3 140 mètres et le Waynapicchu (Jeune Pic) à 2 700 m, la cité est perchée à 2400 mètres d´altitude et aurait été construite au XVème siècle par l'empereur Pachuatec. Abandonnée un siècle plus tard à l'arrivée des conquistadors espagnols, elle fut redécouverte seulement en 1911 par Hiram Bingham, un historien américain qui y trouve plus de 260 constructions très élaborées et partiellement recouvertes par la jungle. Il y aurait encore beaucoup de choses à raconter, aussi pour ceux que ça intéresse, http://fr.wikipedia.org/wiki/Machu_Picchu vous donnera plus de détails. Après ces deux heures de premier contact avec le site nous avons quartier libre jusqu´à 16 heures pour l´explorer. Nous sommes quelques uns à décider de gravir le Waynapicchu (le site est limité à 400 visiteurs par jour) qui nous permettra d´avoir une vue plongeante sur le Machu Pichu, et encore pas loin de 1000 marches à gravir… Mais ça valait le coup, d´ici la vue est impressionnante et unique. Nous y resterons un long moment à la contempler, d´ici le site ressemble à une maquette. 1000 autres marches pour redescendre et nous pouvons maintenant nous ballader entre et dans les maisons, sur les terrasses qui servaient aux cultures, près des temples et explorer les moindres recoins. Il y a maintenant beaucoup plus de monde et le lieu a un peu perdu de sa magie. Il est maintenant temps de redescendre à Aguas Calientes et nous serons les seuls à le faire par les escaliers. Il pleut à verse et le bus aurait sûrement été la meilleure option mais d´une part son prix est plutôt élevé et nous nous disons que puisque nous sommes montés à pied ce serait idiot de de
scendre en bus. Encore 1700 marches qui nous font donc 5000 pour la journée, pas mal, même pour des gens comme nous qui ont l´habitude de monter et descendre 7 étages à pied tous les jours, qui ne font que 120 marches ! Nous arrivons trempés mais contents de la journée même si nous ne pouvons nous empêcher de penser que la société qui gère le Machu Pichu pratique du vol organisé et légalisé. Je parle d´une société parce que c´est une entreprise pétrolière qui détient en majorité le site et l´exploite, ce n´est pas l´état qui en est le gestionnaire. Visiter le Machu Pichu coûte cher si on prend l´itinéraire classique. Pour l´aller-retour en train depuis Cusco il faut conter 60 euros, le bus pour monter au site c´est 4 euros (ça parait peu au Pérou c´est le prix pour un dîner pour deux), ensuite il faut débourser 30 euros pour entrer sur le site, et je ne parle même pas du prix de la nourriture ou des boissons sur place (une bouteille d´eau coûte 10 fois le prix normal !), soit au moins 100 euros par personne. De plus l´affluence des touristes toujours plus nombreux pose un gros problème écologique quant à la stabilité du sol, un glissement de terrain met le site en danger. Pourtant un projet est en préparation, qui prévoit la construction d'un énorme complexe touristique de six étages comprenant, entre autres, un terminal pour le téléphérique, des boutiques de souvenirs, des restaurants et un hôtel. On prévoit aussi l'ouverture de boîtes de nuit et d'un casino ! Pour cela la compagnie pétrolière doit racheter les terrains qui sont encore, mais pour combien de temps, la propriété de quelques péruviens qui ne veulent pas vendre et subissent la pression de cette société. De nombreuses manifestations et grèves ont lieu à Cusco contre la privatisation totale du site. Ca y est, notre treck au Machu Pichu se termine et nous rentrons à Cusco après 4 jours à en prendre plein la vue. Le retour est prévu moitié en train et moitié en bus (beaucoup moins cher) mais nous ne verrons pas grand-chose des paysages d´une part parce qu´il commence à faire nuit mais surtour parce que nous nous sommes endormis à peine installés dans le train ! Avant de nous dire au revoir, Rafael et Ana Lucia nous invitent à passer les voir à Ibagué, en plein coeur de la Colombie dans une des régions caféière du pays. La Colombie fait partie de nos destinations et nous acceptons volontiers l´invitation et nous nous donnons rendez-vous dans moins d´un mois.
Cusco et la Vallée Sacrée, depuis le temps que nous en parlons et en entendons parler, enfin nous y sommes. A 3300 m d´altitude, Cusco -qui signifie nombril du monde en quechua- a été fondée au XIème siècle et était la capitale et ville sainte de l´empire Inca jusqu´à ce que les espagnols l´envahissent vers 1533, la pillent, en détruisent une bonne partie et construisent Lima pour en faire la capitale. L´empire s'étendait alors de l'actuelle Colombie jusqu'à l'Argentine, le Chili, l´Equateur, le Pérou et la Bolivie. Nous nous attendions à une belle ville mais nous avons quand même été surpris par les édifices magnif
iques qui nous font face que ce soient ceux qui datent des incas ou ceux érigés par les conquistadors. Nous passons deux jours à nous ballader dans la ville pour découvrir cette surprenante architecture. On peut encore admirer les murs incas dans certaines rues de la ville, sans mortier et avec un ajustement parfait. Impressionnant, surtout quand on sait que le Pérou est une zone extrêmement sismique et qu´en 600 ans il y a eu pas mal de tremblements de terre. D´ailleurs certains bâtiments datant des conquistadors sont construits sur les fondations de ces murs et les les tracés des rues incas ont été conservées.Dans les environs de la ville d´autres ruines incas intéressantes sont à voir, notam
ment Moray et les Salinas de Moras qui se trouvent dans le même coin. Moray est un ancien centre de recherches agricoles inca où étaient pratiquées des expériences de culture. Le site se présente comme un amphithéâtre constitué de plusieurs terrasses disposées en cercle concentriques sur dix niveaux avec un système d´irrigation. La position des terrasses créent toute une série de microclimats : la température est plus élevée au centre et diminue en fonction de la distance de chaque terrasse. Cela permettait aux incas de simuler une vingtaine de microc
limats différents. Moray aurait notamment servi à prévoir les rendements agricoles, non seulement dans la Vallée sacrée mais aussi dans d'autres partie de l'Empire inca et permettaient de cultiver plus de 250 espèces de plantes. Un seul des trois amphithéâtre a été restauré et c´est très impressionnant de se promener dans ce lieu, vieux de 600 ans et de constater l´ingéniosité de ce peuple. Les Salines de Moras datent de la même époque et sont constituées de bassins en terrasses permettant chaque année la récolte d'une dizaine de tonnes de sel. Les bassins sont alimentés par de petites canalisations reliées à une source d'eau salée. La technique pour le récolter est la même depuis les incas et quasiement chaque bassin a un propriétaire différent et ils se transmettent de génération en génération depuis des centaines d´années. Un endroit étonnant. C´est aussi à Cusco que nous avons retrouvé Fred le caviste, rencontré à Paris lors d´une dégustation de vin et qui est parti pour un tour du monde de trois ans deux jours après nous. Nous avons passé deux jours ensemble et ça nous a fait plaisir de partager nos anectodes et expériences de voyageurs. Nous avons aussi rencontré Florian et Lorène et c´est entre français que nous avons passé les deux derniers jours à Cusco.